Intervention de Sandrine Bernard au conseil municipal de novembre 2015

Monsieur le Maire, Chers collègues, Mesdames Messieurs,
La France a été touchée en son cœur par des barbares dépourvus de la moindre humanité.
Moins d’un an après les attentats ayant atteint Charlie Hebdo et l’épicerie casher de la porte de Vincennes, un nouveau cran a été franchi. Après les symboles de liberté et de tolérance, la folie meurtrière a frappé aveuglément de nouvelles victimes toutes aussi innocentes, mais anonymes, dans leur quotidien. Par ces actes, elle a voulu frapper la « vie à la française », la culture, la fête, cette vie que tous les fanatiques exècrent.

Nos pensées vont aux victimes de ce carnage, à leurs proches. Nos pensées, mais aussi notre respect et notre reconnaissance, vont à ces héros du quotidien qui contribuent à y faire face : forces de l’ordre, armée, pompiers, personnels de santé et tous les agents publics qui ont eu à intervenir. Comme tous les citoyens, nous nous demandons comment une telle haine, une telle violence est possible. Nous nous demandons comment expliquer à nos enfants l’ignominie et quel monde nous leur léguerons.

Un deuil national de 3 jours a été célébré, auquel nous nous sommes associés tous associé avec émotion et recueillement. L’Etat d’urgence a été décrété par le Président de la République. Il a été porté à trois mois avec l’accord des parlementaires. L’unité nationale est de rigueur.

La seule réaction possible est l’esprit de responsabilité à tous les niveaux.

Responsabilité qu’a prise l’Etat. Depuis plusieurs jours, dans la dignité, le Gouvernement et les assemblées parlementaires débattent de la marche à suivre sur la base d’annonces importantes du Président de la République. Certaines mesures peuvent nous laisser circonspects, à nous militants et élus de gauche attachés aux libertés publiques et individuelles. Nous faisons face à une menace exceptionnelle, à une organisation structurée, un véritable système de guerre disposant de moyens considérables, déployant une propagande virulente pour entraîner, en France comme ailleurs, quelques milliers de jeunes français dans la radicalisation et quelques centaines au passage à l’acte. Nous sommes sans
doute loin, nous civils, d’imaginer la profondeur des ramifications, l’ancrage des imprécateurs, le degré de haine, les moyens dont ils disposent. Quoi qu’il en soit, les temps qui viennent seront durs, il faut nous y préparer. A contexte exceptionnel, réponses exceptionnelles.

Certains pensent qu’on a trop attendu. Peut-être. Certains pensent que la réaction est disproportionnée. Peut-être aussi. Il n’y a pas de réponse naturelle, évidente à ce type d’attaques. Il y a un équilibre à trouver, fragile. Pour l’heure, il s’agit de tout mettre en œuvre pour garantir la sécurité de nos concitoyens tout en défendant le socle fondamental de notre République et notre Etat de Droit.

Dans ce contexte, je crois que nous pouvons nous féliciter que le Président auquel sont conférés de tels pouvoirs soit François Hollande, et non un autre. Protection des journalistes et de la justice concernant les écoutes, proposition d’une révision du dispositif d’état d’urgence permettant de l’encadrer, consultation du Conseil d’Etat sur les possibles privations de liberté, renforcement des moyens et déploiement de forces de l’ordre mais aussi de moyens dédiés à la protection des populations et à leur accompagnement psychologique. Nous pouvons être fiers de la ligne de conduite adoptée, alliant unité, dialogue, détermination et humanité. Nous pouvons faire confiance à l’Etat et devons tous à notre niveau veiller à ce que l’usage de pouvoir exorbitants du droit public soit circonscrit aux faits ayant conduit à l’Etat d’urgence et ne remettent pas en cause les fondements de notre République.

Cette responsabilité, les collectivités également doivent l’assumer, ainsi que leurs élus. Relais de l’action nationale, relais de la réalité du terrain, elles sont des échelons indispensables tant de la défense de notre modèle de société que dans la vigilance contre les phénomènes de radicalisation qui se développent sur leurs territoires. Elles sont les acteurs centraux de la cohésion sociale et du vivre ensemble.

A tous les niveaux, il nous appartient de veiller à ce que la réaction soit ferme mais juste, pour préserver l’unité de notre nation, pour garantir notre sécurité mais aussi préserver notre contrat social.

Nous ne devons rien laisser passer et lutter de toutes nos forces contre tous ceux qui mettraient notre vie, notre pays, notre société en danger, contre tous ceux qui leurs apporteraient un soutien physique, financier ou moral, sans aucune équivoque.

Je voudrais mettre en garde contre certaines tentations de chercher des excuses ou des explications sociales et sociétales au processus qui conduit à la radicalisation et surtout au passage à l’acte. Faire preuve d’ambiguïté, relativiser ces actes ne peut conduire qu’à la confusion. Dédouaner ces individus de leur responsabilité peut laisser croire à une certaine jeunesse qu’une part de leur colère ou sentiment d’exclusion trouverait un écho dans cette voie. Cette victimisation est dangereuse : d’une part elle est factuellement fausse, l’image du jeune précaire rejeté par la société et trouvant refuge dans les bras d’imprécateurs est contredite par l’exemple ; mais surtout ce ne sont pas des victimes, ce sont des assassins.

De la même manière, tous ceux qui voudraient trouver là une confirmation à leurs discours politiciens sont dans l’erreur. La Politique Française n’est pas responsable de ces barbares et de leurs barbaries. Toute déclaration tendant à l’ambiguïté sur ce point nous parait dangereuse. Comme tous les discours tendant à fragiliser nos Institutions et à montrer du doigt les représentants des forces de l’ordre, ce n’est pas tolérable de la part d’élus de la République. La France a été frappée, nou en raison de politiques menées, comme nous avons pu le lire quelque part, mais parce qu’elle incarne un modèle social, elle incarne un bien-vivre, un bien-manger, de la volupté. Et c’est aussi ce qui conduit le monde entier à
nous apporter un tel soutien.

Il est tout aussi regrettable que certains veuillent profiter de cette situation pour réduire les libertés et propager leur pensée autoritaire et raciste sont méprisables. Comme le disait le Président François Hollande, ce que nous défendons c’est notre patrie, mais c’est plus que cela, c ‘est l’Humanité ».

Ce que veulent ces terroristes, c’est semer la terreur, conformément à leur régime, à leur modèle de société. Nous refusons de céder à la peur et assumons de vouloir vivre et défendre notre mode de vie et notre modèle de société.

Ce que veulent ces terroristes, c’est fragiliser nos valeurs parce qu’ils n’en ont pas. Parce que la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, les services publics, les droits sociaux, l’éducation altèrent leur fonds de commerce. La liberté d’expression, la liberté de la presse, l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de penser, la liberté de croire et de pratiquer, ou non, son culte comme on l’entend sont autant de droit qu’ils rejettent. Autant de valeurs qui restreignent leur champ d’influence, qui les empêchent de prendre le contrôle des consciences. Et que nous défendrons coûte que coûte, notamment en continuant à faire de l’Education, de l’émancipation et la culture notre priorité, en agissant pour la justice et contre les inégalités sociales.

Ce que veulent ces terroristes, c’est nous pousser à nous opposer les uns aux autres, et notamment à stigmatiser les français de confession musulmane, la religion dont ils se revendiquent, en réalité la religion à laquelle ils font le plus de mal. Nous saluons d’ailleurs les réactions sans équivoques des représentants du culte musulman. Les terroristes veulent créer un sentiment anti-musulman pour nourrir le terreau de nouveaux candidats au djihad. Nous refusons ce tomber dans ce piège. Ce ne sont pas quelques milliers de brutes qui vont remettre en cause l’intégration et l’intégrité de 5 millions de musulmans. Nous empêcherons tout mouvement hostile, discriminant, comme nous en voyons malheureusement quelques-uns depuis une semaine. Nous condamnons sans équivoque tous ceux qui tuent au nom de l’Islam et tous ceux qui les soutiennent, et non l’Islam.

Ce que veulent ces terroristes, c’est que nous les laissions étendre leur sphère d’influence au Moyen-Orient, tuer, opprimer, détruire. Nous ne le permettrons pas. Nous devons combattre les terroristes partout où ils se trouvent, pour viser une paix juste et durable. Ce n’est pas parce que nous voulons les détruire mais parce qu’ils veulent nous détruire que nous sommes intervenus en Syrie. Et ce n’est pas une aventure solitaire mais un mouvement collectif, international auquel nous nous allierons, pour mener une action efficace et les empêcher durablement et définitivement de faire plus de mal. Cela ne doit pas emêcher de réinterroger la politique étrangère de la France et la géopolitique mondiale. Nous sommes d’accord avec les diverses réflexions introduites ce soir. Mais cela se fera dans un autre cadre et un autre temps.

Mesdames, messieurs, tout ce qui ne tue pas renforce. Nos armées, nos enquêteurs, les forces de l’ordre, les services de sécurité vont mener les combats et opérations nécessaires. De notre coté, élus citoyens, familles, anciens, enfants, nos armes sont la tolérance, la liberté et la vie. C’est cette vision qu’il nous faut affirmer et qui vaincra.

Le terrorisme ne détruira pas la République française, car c’est la République qui le détruira.

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